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Au secours, j’ai des émotions !

La gestion des émotions quand on est autiste, c’est toute une histoire ! On parle souvent des difficultés relationnelles des personnes autistes. Et par là, la plupart des gens entendent des difficultés à interagir avec les autres. Pourtant, il y a une relation qui est souvent méconnue, voire complètement ignorée : celle des autistes avec leurs propres émotions. Brouillonnes, intenses, nombreuses, et parfois violentes, elles créent une sorte de mélange explosif souvent compliqué à gérer. Bah oui, pour des personnes passionnées de contrôle, la gestion des émotions est parfois une véritable épreuve pour les autistes. Heureusement, de nombreux outils sont aujourd’hui à notre disposition pour apprendre à vivre sereinement avec ! 

La naissance des émotions

 

Avant de vouloir gérer ses émotions, il est important de savoir ce qu’elles sont et d’où elles viennent. 

Ce sont un ensemble de manifestations qui agissent à plusieurs niveaux de perception pour donner de la profondeur à nos expériences et elles sont directement liées au corps. En effet, étymologiquement, émotion est issu de ex-movere, se mouvoir vers/de.

Au niveau corporel, les émotions se manifestent de 2 manières :

  • les expressions tonico-motrices, c’est-à-dire tous les gestes liés aux émotions : se lover, s’agripper, repousser, taper dans les mains, syncinésies, etc.
  • les changements tonico-posturaux, c’est-à-dire les modifications et ajustement du regard, du buste, les mimiques, etc.

Au niveau du cerveau, l’amygdale et l’hippocampe permettent à la fois une analyse rapide d’une situation (amygdale) et une mémoire des émotions ressenties lors d’un événement (hippocampe). Au fur et à mesure des situations vécues, la mémoire émotionnelle s’imprime et s’affine, créant ses propres connexions neuronales.

Ainsi, en fonction de votre expérience, l’émotion est perçue comme agréable ou gênante, positive ou négative, organisatrice ou déstructurante. 

Enfin, l’émotion naît de l’interaction : l’émotion n’est jamais le produit de l’individu seul mais une réaction à une scène relationnelle, à un contexte. Si vous avez eu mal la dernière fois que vous êtes allé chez le dentiste, il y a peu de chance que vous associez de la joie à cette expérience !

Reconnaître ses émotions

 

La gestion des émotions chez une personne autiste passe avant tout par leur reconnaissance. C’est d’ailleurs l’un des premiers ateliers entamé après le diagnostic, aussi bien pour les enfants que pour les adultes. À l’aide de pictogrammes, de livres, de recompositions de scènes, les principales émotions sont présentées, identifiées, apprises et intégrées. C’est un travail essentiel, non seulement pour les reconnaître chez les autres dans un cadre social, mais aussi pour prendre conscience de leur existence et leur place chez nous.  

Parce que OUI, les autistes ressentent des émotions. Au moins autant que le reste de la population même ! Ce ne sont pas les êtres insensibles décrits pendant des années par les professionnels de santé ou du paramédical. Les autistes aiment, ont peur, sont en colère, heureux, tristes, angoissés, frustrés, excités ou encore dégoûtés. Comme tout le monde quoi ! C’est juste parfois plus intense ou plus déroutant. 

Et pour reconnaître ses émotions, rien de tel que la description de leurs manifestations physiques et psychiques.

La colère

C’est souvent l’émotion la plus facile à identifier. Elle est la conséquence d’une frustration, d’une injustice ou d’un sentiment d’intrusion. Quelque chose ou quelqu’un vous énerve, vous stresse ou vous menace, et vous ressentez un bouillonnement interne incontrôlable ? La colère s’exprime par une montée de la pression sanguine, une accélération du rythme cardiaque, une contraction musculaire, une sensation de chaleur, des cris. La décharge de testostérone liée conduit à un comportement d’opposition, de combat. La colère exige la réparation de ce qui la provoque. 

Vous êtes mauvais joueur, vous énervez dès que vous vous apercevez que vous ne pouvez plus gagner ? La frustration entraîne la colère qui peut aller jusqu’à la rage, et dans notre exemple, oui, jusqu’à renverser le plateau de jeu et quitter la pièce ! Un moyen de gérer cette émotion peut être de rejouer une partie, ou de privilégier les jeux collaboratifs.

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La tristesse

Elle est la réponse à une perte, un deuil, une séparation. Qu’il s’agisse d’une activité, une personne ou un jouet, le renoncement provoque une douleur psychique. Le visage se renferme, une sensation de «cœur serré» ou de «boule dans la gorge» peut se former, la voix est cassée ou chevrotante, le teint pâle. Vous avez envie de vous isoler et vous sentez impuissant.

Il est important de laisser la tristesse s’exprimer, d’évacuer les tensions qu’elle peut provoquer afin de retrouver un équilibre psychique. Passé le choc, la colère et le marchandage, l’acceptation de la perte permet de l’intégrer à la réalité.

Chez moi, la tristesse n’est pas une mince affaire. Ce sont des litres de larmes qui se déversent, avec un sentiment d’être complètement submergée, engloutie par une vague. Et lutter ne fait bien sûr qu’amplifier la situation. Alors je laisse la source se tarir avant de m’attaquer à la cause du problème, je suis incapable d’agir avant.

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La peur

Accélération du rythme cardiaque et de la respiration, sensation d’étouffer, envie de fuir, décharge d’adrénaline, de cortisol et d’ocytocine, la peur indique un danger. Elle se traduit par l’anxiété, la panique, la phobie, la crainte, ou même le conflit. Il s’agit d’éviter ou d’affronter sa peur.

Pleurer permet de soulager la peur grâce à la décharge d’endorphine liée à l’action physique de pleurer. Elle provoque un relâchement des tensions physiques et une sensation de bien-être.

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La joie

La joie est une émotion agréable, produit de plusieurs hormones. Le visage est ouvert, il sourit, vous vous sentez léger, la respiration est facile, vous vous sentez bien. La joie s’entretient, en créant de nouvelles connexions du bonheur par exemple.

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source : apprendreaeduquer.fr

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Le dégoût

Le dégoût vous envahit, vous avez l’impression que quelque chose est nocif pour vous. Vous pouvez ressentir une envie de vomir, un besoin vital de vous éloigner ou de rejeter la source de votre dégoût. Les narines sont serrées et les lèvres pincées, le corps est en alerte, prêt à fuir.

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Réguler ses émotions

 

Les problèmes de communication ne se limitent pas aux autres, ils sont également présents de manière intrapersonnelle. Il m’arrive encore fréquemment de ne pas savoir ce que je ressens, et de ne pas savoir quoi faire avec. Dans ces cas-là, quelques astuces permettent de relâcher la pression et de faire le tri. Du tri, chouette ! Une grande passion dans ma vie et celle de nombreux autistes. C’est rassurant, apaisant, et ça permet de prendre un peu de recul nécessaire. En effet, le tourbillon des émotions donne parfois l’impression de passer dans une machine à laver : on en ressort lessivé !

Heureusement, de nombreuses techniques permettent de mieux gérer ses émotions, déjà en les régulant, et surtout en apprenant à y faire face et à trouver des stratégies pour les intégrer à notre quotidien. 

 

La psychomotricité

 

Les émotions et le corps sont toujours liés, les premières déclenchant systématiquement une réaction du second. Vous percevez le changement subtil de l’environnement, ressentez les modifications internes (accélération du pouls, augmentation de la tension, hypervigilance, contraction des muscles, etc.) et cherchez une adaptation à une situation de rupture de votre équilibre.

La psychomotricité est une aide précieuse pour les personnes autistes. En effet, nombreux sont les autistes qui n’ont que peu conscience de leur corps et de ses limites, ce qui, forcément, rend la gestion des émotions compliquée. Lors des séances, l’expérience émotionnelle est favorisée et orientée vers l’action grâce au mouvement, qui se traduit en comportements, réalisations praxiques et en mots. Le corps constitue alors l’espace où se construit le lien de l’individu au monde. Avec le psychomotricien, la personne autiste peut exprimer en toute sécurité ses émotions, dans toutes leurs dimensions. Il a la possibilité d’essayer, tester, répéter, sans limites, extérioriser ses angoisses, appréhender l’inhibition et développer ses capacités à se contrôler.

 

La sophrologie

 

La sophrologie intervient principalement pour calmer l’anxiété et réduire les tensions physiques. Le thérapeute propose des exercices de respiration et de relâchement musculaire simples, avec des consignes claires et précises, toujours identiques afin que la personne puisse les reproduire seule. 

La sophrologie permet également de renforcer l’estime de soi en plaçant la personne dans une situation de réussite, ce qui la valorise et l’encourage à poursuivre les séances en toute autonomie. Sa pratique régulière limite alors la tendance naturelle des autistes au repli et offre même l’occasion d’en faire une activité à partager avec ses proches.

 

Partager ses émotions quand on est autiste

 

Autiste verbal ou non verbal, léger, modéré ou sévère, asperger ou toute autre appellation, il est possible de partager ses émotions, et pas seulement avec des mots ! Et oui, la gestion des émotions quand on est autiste passe aussi par leur explication.

Je ne sais pas vous, mais moi, parler de mes émotions, les décortiquer ou pire, devoir expliquer ce que je ressens à mon conjoint, ma psychiatre ou ma psychologue, c’est toujours compliqué. Alors j’écris, et en général, ça leur donne une idée de mon état. Mes notes et carnets sont en quelque sorte un baromètre de mon humeur et de mes émotions.

Vous pouvez être à l’aise pour en parler, c’est ok. Mais si vous n’y arrivez pas, c’est ok aussi. Vous pouvez aussi partager vos émotions de 1000 façons :

  • art thérapie ;
  • musique ;
  • écriture, il existe même des ateliers d’écriture thérapeutique ;
  • chant ;
  • médiation animale ;
  • etc.

La gestion des émotions quand on est autiste

 

Bon concrètement, comment gérer ses émotions quand on est autiste ? Et bien tout d’abord en prenant conscience de leur présence, de leur manifestation dans notre corps et notre tête, et de la manière dont nous les exprimons. Avoir envie de tout casser est une sensation légitime, maintenant, il n’est pas vraiment possible de réellement tout casser (sauf dans les pièces prévues à cet effet, les «rage room» !). Réguler ses émotions est un véritable apprentissage, un travail sur nous-même, qui est extrêmement bénéfique. Imaginez un peu un monde où vous n’êtes plus jamais pris au dépourvu par une attaque de panique ou une émotion connue ? Où vous savez exactement comment réagir ? Ce serait génial hein 😉 Ce n’est pas vraiment possible, mais vous pouvez travailler des scénarios pour au moins éviter de vous sentir désemparé chaque jour face à un monde somme toute assez étrange ! Et oui, la gestion des émotions quand on est autiste est un effort de tous les jours qui permet de rester bien dans sa tête et ses baskets.

 

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